What can arts do?

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quelque chose pour vous, que je mourrais pour le faire,—je vous en donne ma parole.—J’ai encore un tas de choses à dire . . .

Ce “sans-cœur” de

A. Rimbaud

À Georges Izambard Charleville, 13 mai 1871

Cher Monsieur!

Vous revoilà professeur. On se doit à la Société, m’avez-vous dit; vous faites partie des corps enseignants: vous roulez dans la bonne ornière.— Moi aussi, je suis le principe: je me fais cyniquement entretenir; je déterre d’anciens imbéciles de collège: tout ce que je puis inventer de bête, de sale, de mauvais, en action et en paroles, je le leur livre: on me paie en bocks et en filles. Stat mater dolorosa, dum pendet filius.—Je me dois à la Société, c’est juste,—et j’ai raison.—Vous aussi, vous avez raison, pour aujourd’hui. Au fond, vous ne voyez en votre principe que poésie subjective: votre obsti- nation à regagner le râtelier universitaire—pardon!—le prouve. Mais vous finirez toujours comme un satisfait qui n’a rien fait, n’ayant rien voulu faire. Sans compter que votre poésie subjective sera toujours horriblement fadasse. Un jour, j’espère,—bien d’autres espèrent la même chose,—je ver- rai dans votre principe la poésie objective, je la verrai plus sincèrement que vous ne le feriez!—Je serai un travailleur: c’est l’idée qui me retient, quand les colères folles me poussent vers la bataille de Paris,—où tant de travail- leurs meurent pourtant encore tandis que je vous écris! Travailler mainte- nant, jamais, jamais; je suis en grève.

Maintenant, je m’encrapule le plus possible. Pourquoi? Je veux être poète, et je travaille à me rendre Voyant: vous ne comprenez pas du tout, et je ne saurais presque vous expliquer. Il s’agit d’arriver à l’inconnu par le dérèglement de tous les sens. Les souffrances sont énormes, mais il faut être fort, être né poète, et je me suis reconnu poète. Ce n’est pas du tout ma faute. C’est faux de dire: Je pense: On devrait dire: On me pense.—Pardon du jeu de mots.—

Je est un autre. Tant pis pour le bois qui se trouve violon, et Nargue aux inconscients, qui ergotent sur ce qu’ils ignorent tout à fait!

Vous n’êtes pas Enseignant pour moi. Je vous donne ceci: est-ce de la satire, comme vous diriez? Est-ce de la poésie? C’est de la fantaisie, tou- jours.—Mais, je vous en supplie, ne soulignez ni du crayon, ni trop de la pensée:

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thing for you, I would die in order to do it. I give you my word.—I still have many things to say. . . .

This “heartless”

A. Rimbaud

To Georges Izambard Charleville, 13 May 1871

Cher Monsieur!

You are a teacher again. You have told me we owe a duty to Society. You belong to the teaching body: you move along in the right track. I also fol- low the principle: cynically I am having myself kept. I dig up old imbeciles from school: I serve them with whatever I can invent that is stupid, filthy, mean in acts and words. They pay me in beer and liquor. Stat mater dolo- rosa, dum pendet filius.—My duty is to Society, that is true—and I am right.—You too are right, for now. In reality, all you see in your principle is subjective poetry: your obstinacy in reaching the university trough—ex- cuse me—proves this. But you will always end up a self-satisfied man who has done nothing because he wanted to do nothing. Not to mention that your subjective poetry will always be horribly insipid. One day, I hope— many others hope the same thing—I will see objective poetry according to your principle, I will see it more sincerely than you would! I will be a worker: this idea holds me back, when mad anger drives me toward the battle of Paris—where so many workers are dying as I write to you! Work now?—never, never, I am on strike.

Now, I am degrading myself as much as possible. Why? I want to be a poet, and I am working to make myself a Seer: you will not understand this, and I don’t know how to explain it to you. It is a question of reach- ing the unknown by the derangement of all the senses. The sufferings are enormous, but one has to be strong, one has to be born a poet, and I know I am a poet. This is not at all my fault. It is wrong to say: I think: One ought to say: people think me.—Pardon the pun [penser, “to think”; pan- ser, “to groom”].—

I is someone else. It is too bad for the wood which finds itself a vio- lin and Scorn for the heedless who argue over what they are totally igno- rant of!

You are not a Teacher for me. I give you this: is it satire, as you would say? Is it poetry? It is fantasy, always.—But I beg you, do not underline it with your pencil or too much with your thought:

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Le cœur supplicié 41

Mon triste cœur bave à la poupe. . . . Mon cœur est plein de caporal! Ils y lancent des jets de soupe, Mon triste cœur bave à la poupe . . . Sous les quolibets de la troupe Qui lance un rire général Mon triste cœur bave à la poupe, Mon cœur est plein de caporal!

Ithyphalliques et pioupiesques Leurs insultes l’ont dépravé; À la vesprée, ils font des fresques Ithyphalliques et pioupiesques; Ô flots abracadabrantesques, Prenez mon cœur, qu’il soit sauvé! Ithyphalliques et pioupiesques Leurs insultes l’ont dépravé!

Quand ils auront tari leurs chiques, Comment agir, ô cœur volé? Ce seront des refrains bachiques Quand ils auront tari leurs chiques! J’aurai des sursauts stomachiques Si mon cœur triste est ravalé! Quand ils auront tari leurs chiques Comment agir, ô cœur volé?

Ça ne veut pas rien dire.42—Répondez-moi: chez Mr Deverrière, pour A. R..

Bonjour de cœur, Art. Rimbaud

À Paul Demeny Charleville, 15 mai 1871

J’ai résolu de vous donner une heure de littérature nouvelle. Je com- mence de suite par un psaume d’actualité:

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The Tortured Heart

My sad heart slobbers at the poop. . . . My heart is full of tobacco-spit! They spew streams of soup at it, My sad heart slobbers at the poop . . . Under the jeerings of the soldiers Who break out laughing My sad heart slobbers at the poop, My heart is full of tobacco-spit!

Ithyphallic and soldierish Their insults have depraved it; At vespers, they make frescoes Ithyphallic and soldierish; O abracadabratic waves, Take my heart, let it be saved! Ithyphallic and soldierish Their insults have depraved it!

When they have used up their quid, How will I act, O stolen heart? There will be Bacchic refrains When they have used up their quid! I will have stomach retchings If my sad heart is degraded! When they have used up their quid How will I act, O stolen heart?

This does not mean nothing.—Answer me: care of M’ Deverrière, for A. R..

Warm greetings, Art. Rimbaud

To Paul Demeny Charleville, 15 May 1871

I have decided to give you an hour of new literature. I begin at once with a song of today:

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Chant de guerre parisien

Le printemps est évident, car . . . . . . . . . . . . . . . . . .

a. rimbaud

—Voici de la prose sur l’avenir de la poésie— Toute poésie antique aboutit à la poésie grecque, Vie harmonieuse.—De la Grèce au mouvement romantique,—moyen-âge,—il y a des lettrés, des versificateurs. D’Ennius à Théroldus, de Théroldus à Casimir Delavigne, tout est prose rimée, un jeu, avachissement et gloire d’innombrables géné- rations idiotes: Racine est le pur, le fort, le grand.—On eût soufflé sur ses rimes, brouillé ses hémistiches, que le Divin Sot serait aujourd’hui aussi ignoré que le premier venu auteur d’Origines.—Après Racine, le jeu moisit. Il a duré deux mille ans!

Ni plaisanterie, ni paradoxe. La raison m’inspire plus de certitudes sur le sujet que n’aurait jamais eu de colères un Jeune-France. Du reste, libre aux nouveaux! d’exécrer les ancêtres: on est chez soi et l’on a le temps.

On n’a jamais bien jugé le romantisme; qui l’aurait jugé? Les critiques!! Les romantiques, qui prouvent si bien que la chanson est si peu souvent l’œuvre, c’est-à-dire la pensée chantée et comprise du chanteur?

Car Je est un autre. Si le cuivre s’éveille clairon, il n’y a rien de sa faute. Cela m’est évident: j’assiste à l’éclosion de ma pensée: je la regarde, je l’écoute: je lance un coup d’archet: la symphonie fait son remuement dans les profondeurs, ou vient d’un bond sur la scène.

Si les vieux imbéciles n’avaient pas trouvé du Moi que la signification fausse, nous n’aurions pas à balayer ces millions de squelettes qui, depuis un temps infinie! ont accumulé les produits de leur intelligence borgnesse, en s’en clamant les auteurs!

En Grèce, ai-je dit, vers et lyres rhythment l’Action. Après, musique et rimes sont jeux, délassements. L’étude de ce passé charme les curieux: plusieurs s’éjouissent à renouveler ces antiquités:—c’est pour eux. L’intel- ligence universelle a toujours jeté ses idées, naturellement; les hommes ra- massaient une partie de ces fruits du cerveau: on agissait par, on en écrivait des livres: telle allait la marche, l’homme ne se travaillant pas, n’étant pas encore éveillé, ou pas encore dans la plénitude du grand songe. Des fonc- tionnaires, des écrivains: auteur, créateur, poète, cet homme n’a jamais existé!

La première étude de l’homme qui veut être poète est sa propre con- naissance, entière; il cherche son âme, il l’inspecte, il la tente, l’apprend.

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Parisian War Song

Spring is evident, for . . . . . . . . . . . . . .

a. rimbaud

—Here is some prose on the future of poetry— All ancient poetry ended in Greek poetry, harmonious life.—From Greece to the romantic movement—Middle Ages—there are writers and versi- fiers. From Ennius to Theroldus, from Theroldus to Casimir Delavigne, it is all rhymed prose, a game, degradation and glory of countless idiotic generations: Racine is pure, strong and great.—If his rhymes had been blown out and his hemistichs mixed up, the Divine Fool would today be as unknown as any old author of Origins.—After Racine, the game gets moldy. It has lasted two thousand years!

Neither joke, nor paradox. Reason fills me with more certainty on the subject than a member of Jeune-France 43 would have ever been with rage. Moreover, newcomers! are free to condemn the ancestors. We are at home and we have the time.

Romanticism has never been carefully judged; who would have judged it? The critics!! The romantics, who prove so obviously that a song is so seldom a work, that is to say, a thought sung and understood by the singer?

For I is someone else. If brass wakes up a trumpet, it is not its fault. This is obvious to me: I am present at this birth of my thought: I watch it and listen to it: I draw a stroke of the bow: the symphony makes its stir in the depths, or comes on to the stage in a leap.

If old imbeciles had not discovered only the false meaning of the Ego, we would not have to sweep away those millions of skeletons which, for time immemorial! have accumulated the results of their one-eyed intellects by claiming to be the authors!

In Greece, as I have said, verses and lyres give rhythm to Action. After that, music and rhymes are games and pastimes. The study of this past delights the curious: several rejoice in reviving those antiquities—it is for them. Universal intelligence has always thrown out its ideas, naturally; men picked up a part of these fruits of the mind: people acted through them and wrote books about them. Things continued thus: man not working on himself, not yet being awake, or not yet in the fullness of the great dream. Civil servants, writers: author, creator, poet, that man never existed!

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Dès qu’il la sait, il doit la cultiver; Cela semble simple: en tout cerveau s’ac- complit un développement naturel; tant d’égoïstes se proclament auteurs; il en est bien d’autres qui s’attribuent leur progrès intellectuel!—Mais il s’agit de faire l’âme monstrueuse: à l’instar des comprachicos, quoi! Ima- ginez un homme s’implantant et se cultivant des verrues sur le visage.

Je dis qu’il faut être voyant, se faire voyant. Le Poète se fait voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de

tous les sens. Toutes les formes d’amour, de souffrance, de folie; il cherche lui-même, il épuise en lui tous les poisons, pour n’en garder que les quin- tessences. Ineffable torture où il a besoin de toute la foi, de toute la force surhumaine, où il devient entre tous le grand malade, le grand criminel, le grand maudit,—et le suprême Savant!—Car il arrive à l’inconnu! Puisqu’il a cultivé son âme, déjà riche, plus qu’aucun! Il arrive à l’inconnu, et quand, affolé, il finirait par perdre l’intelligence de ses visions, il les a vues! Qu’il crève dans son bondissement par les choses inouïes et innommables: vien- dront d’autres horribles travailleurs; ils commenceront par les horizons où l’autre s’est affaissé!

—La suite à six minutes—

Ici j’intercale un second psaume hors du texte: veuillez tendre une oreille complaisante,—et tout le monde sera charmé.—J’ai l’archet en main, je commence:

Mes petites amoureuses

Un hydrolat lacrymal lave . . . . . . . . . . . . . . . .

a. r .

Voilà. Et remarquez bien que, si je ne craignais de vous faire débour- ser plus de 60 c. de port,—moi pauvre effaré qui, depuis sept mois, n’ai pas tenu un sul rond de bronze!—je vous livrerais encore mes Amants de Paris, cent hexamètres, Monsieur, et ma Mort de Paris, deux cents hexa- mètres!——Je reprends: Donc le poète est vraiment voleur de feu. Il est chargé de l’humanité, des animaux même; il devra faire sentir, palper, écouter ses inventions; si ce qu’il rapporte de là-bas a forme, il donne forme; si c’est informe, il donne de l’informe. Trouver une langue;

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The first study of the man who wants to be a poet is the knowledge of himself, complete. He looks for his soul, inspects it, tests it, learns it. As soon as he knows it, he must cultivate it; It seems simple: in every mind a natural development takes place; so many egoists call themselves authors, there are many others who attribute their intellectual progress to them- selves!—But the soul must be made monstrous: in the fashion of the com- prachicos,44 if you will! Imagine a man implanting and cultivating warts on his face.

I say one must be a seer, make oneself a seer. The Poet makes himself a seer by a long, gigantic and rational derange-

ment of all the senses. All forms of love, suffering, and madness. He searches himself. He exhausts all poisons in himself and keeps only their quintes- sences. Unspeakable torture where he needs all his faith, all his superhu- man strength, where he becomes among all men the great patient, the great criminal, the one accursed—and the supreme Scholar!—Because he reaches the unknown! Since he cultivated his soul, rich already, more than any man! He reaches the unknown, and when, bewildered, he ends by los- ing the intelligence of his visions, he has seen them. Let him die as he leaps through unheard of and unnamable things: other horrible workers will come; they will begin from the horizons where the other one collapsed!

—To be continued in six minutes—

Here I interpolate a second psalm to accompany the text: please lend a friendly ear—and everyone will be delighted.—The bow is in my hand and I begin:

My Little Lovers

A lacrymal tincture washes . . . . . . . . . . . . . . . .

a. r .

That ’s that. And note carefully that if I were not afraid of making you spend more than sixty centimes on postage—I poor terrified one who for seven months have not had a single copper!—I would also give you my Lovers of Paris, one hundred hexameters, sir, and my Death of Paris, two hundred hexameters!——I continue: Therefore the poet is truly the thief of fire.

—Du reste, toute parole étant idée, le temps d’un langage universel viendra! Il faut être académicien,—plus mort qu’un fossile,—pour parfaire un dictionnaire, de quelque langue que ce soit. Des faibles se mettraient à penser sur la première lettre de l’alphabet, qui pourraient vite ruer dans la folie!——

Cette langue sera de l’âme pour l’âme, résumant tout, parfums, sons, couleurs, de la pensée accrochant la pensée et tirant. Le poète définirait la quantité d’inconnu s’éveillant en son temps dans l’âme universelle: il don- nerait plus—que la formule de sa pensée, que la notation de sa marche au Progrès! Enormité devenant norme, absorbée par tous, il serait vraiment un multiplicateur de progrès!

Cet avenir sera matérialiste, vous le voyez;—Toujours pleins du Nombre et de l’Harmonie, ces poèmes seront faits pour rester.—Au fond, ce serait encore un peu la Poésie grecque. L’art éternel aurait ses fonctions; comme les poètes sont citoyens. La Poésie ne rhythmera plus l’action; elle sera en avant.

Ces poètes seront! Quand sera brisé l’infini servage de la femme, quand elle vivra pour elle et par elle, l’homme,—jusqu’ici abominable,—lui ayant donné son renvoi, elle sera poète, elle aussi! La femme trouvera de l’in- connu! Ses mondes d’idées différeront-ils des nôtres?—Elle trouvera des choses étranges, insondables, repoussantes, délicieuses; nous les pren- drons, nous les comprendrons.

En attendant, demandons aux poètes du nouveau,—idées et formes. Tous les habiles croiraient bientôt avoir satisfait à cette demande:—Ce n’est pas cela!

Les premiers romantiques ont été voyants sans trop bien s’en rendre compte: la cultuer de leurs âmes s’est commencée aux accidents: locomo- tives abandonnées, mais brûlantes, que prennent quelque temps les rails.— Lamartine est quelquefois voyant, mais étranglé par la forme vieille.— Hugo, trop cabochard, a bien du vu dans les derniers volumes: Les misérables sont un vrai poème. J’ai Les châtiments sous main; Stella donne à peu près la mesure de la vue de Hugo. Trop de Belmontet et de Lamennais, de Jého- vahs et de colonnes, vieilles énormités crevées.

Musset est quatorze fois exécrable pour nous, générations douloureuses et prises de visions,—que sa paresse d’ange a insultées! Ô! les contes et les proverbes fadasses! Ô les Nuits! ô Rolla, ô Namouna, ô la Coupe! Tout est français, c’est-à-dire haïssable au suprême degré; français, pas parisien! En- core une œuvre de cet odieux génie qui a inspiré Rabelais, Voltaire, Jean La Fontaine; commenté par M. Taine! Printanier, l’esprit de Musset! Charmant, son amour! En voilà, de la peinture à l’émail, de la poésie

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He is responsible for humanity, even for the animals; he will have to have his inventions smelt, felt, and heard; if what he brings back from down there has form, he gives form; if it is formless, he gives formlessness. A language must be found

—Moreover, every word being an idea, the time of a universal language will come! One has to be an academician,—deader than a fossil,—to com- plete a dictionary in any language whatsoever. Weak people would begin to think about the first letter of the alphabet, and they would soon rush into madness!——

This language will be of the soul for the soul, containing everything, smells, sounds, colors, thought holding on to thought and pulling. The poet would define the amount of the unknown awakening in his time in the universal soul: he would give more—than the formulation of his thought, than the expression of his march toward Progress! Enormity be- coming normal, absorbed by all, he would really be a multiplier of progress!

This future will be materialistic, as you see;—Always filled with Num- ber and Harmony, these poems will be made to endure.—Fundamentally, it would be Greek poetry again in a way. Eternal art would have its func- tions; since poets are citizens. Poetry will not lend its rhythm to action, it will be in advance.

These poets will exist. When the endless servitude of woman is broken, when she lives for and by herself, man—heretofore abominable—having given her her release, she too will be a poet! Woman will find some of the unknown! Will her world of ideas differ from ours?—She will find strange, unfathomable, repulsive, delicious things; we will take them, we will un- derstand them.

Meanwhile, let us ask the poets for the new—ideas and forms. All the clever ones will soon believe they have satisfied this demand—It is not so!

The first romantics were seers without wholly realizing it: the cultiva- tion of their souls began accidentally: abandoned locomotives, their fires still on, which the rails carry for some time.—Lamartine is at times a seer, but strangled by the old form.—Hugo, too ham, has vision in his last vol- umes: Les misérables is a real poem. I have Les châtiments with me; Stella gives approximately the extent of Hugo’s vision. Too many Belmontets and Lamennais, Jehovahs and columns, old broken enormities.

Musset is fourteen times loathsome to us, suffering generations ob- sessed by visions—insulted by his angelic sloth! O! the insipid tales and proverbs! O the Nuits! O Rolla, O Namouna, O the Coupe! It is all French, namely detestable to the highest degree; French, not Parisian! One more work of that odious genius who inspired Rabelais, Voltaire, Jean La Fon-

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solide! On savourera longtemps la poésie française, mais en France. Tout garçon épicier est en mesure de débobiner une apostrophe Rollaque; tout séminariste en porte les cinq cents rimes dans le secret d’un carnet. À quinze ans, ces élans de passion mettent les jeunes en rut; à seize ans, ils se contentent déjà de les réciter avec cœur; à dix-huit ans, à dix-sept même, tout collégien qui a le moyen, fait le Rolla, écrit un Rolla! Quelques-uns en meurent peut-être encore. Musset n’a rien su faire: il y avait des visions derrière la gaze des rideaux: il a fermé les yeux. Français, panadif, traîné de l’estaminet au pupitre de collège, le beau mort est mort, et, désormais, ne nous donnons même plus la peine de le réveiller par nos abominations!

Les seconds romantiques sont très voyants: Th. Gautier, Lec de Lisle, Th. de Banville. Mais inspecter l’invisible et entendre l’inouï étant autre chose que reprendre l’esprit des choses mortes, Baudelaire est le premier voyant, roi des poètes, un vrai Dieu. Encore a-t-il vécu dans un milieu trop artiste; et la forme si vantée en lui est mesquine: les inventions d’inconnu réclament des formes nouvelles.

Rompue aux formes vieilles, parmi les innocents, A. Renaud,—a fait son Rolla;—L. Grandet,—a fait son Rolla;—les gaulois et les Musset, G. Lafenestre, Coran, Cl. Popelin, Soulary, L. Salles; les écoliers, Marc, Aicard, Theuriet; les morts et les imbéciles, Autran, Barbier, L. Pichat, Lemoyne, les Deschamps, les Desessarts; les journalistes,—L. Cladel, Ro- bert Luzarches, X. de Ricard; les fantaisistes, C. Mendès; les bohèmes; les femmes; les talents, Léon Dierx et Sully-Prudhomme, Coppée;—la nou- velle école, dite parnassienne, a deux voyants, Albert Mérat et Paul Ver- laine, un vrai poète.—Voilà.—Ainsi je travaille à me rendre Voyant.—Et fi- nissons par un chant pieux.

Accroupissements

Bien tard, quand il se sent l’estomac écœuré, . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Vous seriez exécrable de ne pas répondre: vite, car dans huit jours je serai à Paris, peut-être.

Au revoir. A. Rimbaud

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taine; with M. Taine’s commentary! Springlike, Musset ’s wit! Charming, his love! There you have enamel painting and solid poetry! French poetry will be enjoyed for a long time, but in France. Every grocer’s boy is able to reel off a Rollaesque speech; every seminarian carries the five hundred rhymes hidden in his notebook. At fifteen, these bursts of passion make boys horny; at sixteen, they are satisfied to recite them with feeling; at eighteen, even at seventeen, every schoolboy who has the ability, makes a Rolla, writes a Rolla! Some still die from this perhaps. Musset could do nothing: there were visions behind the gauze of the curtains: he closed his eyes. French, lifeless dragged from tavern to schoolroom desk, the fine ca- daver is dead, and, henceforth let ’s not even bother to wake him up with our abominations!

The second Romantics are very much seers: Th. Gautier, Lec. de Lisle, Th. de Banville. But since inspecting the invisible and hearing the unheard of is different from recovering the spirit of dead things, Baudelaire is the first seer, king of poets, a real god! And yet he lived in too artistic a world; and the form so highly praised in him is trivial: inventions of the unknown call for new forms.

Broken-in to old forms, among the innocent, A. Renaud—has written his Rolla; L. Grandet has written his Rolla; the Gauls and the Mussets, G. Lafenestre, Coran, Cl. Popelin, Soulary, L. Salles; the pupils Marc, Aicard, Theuriet; the dead and the imbeciles, Autran, Barbier, L. Pichat, Lemoyne, the Deschamps, the Desessarts; the journalists,—L. Cladel, Ro- bert Luzarches, X. de Ricard; the fantasists, C. Mendès; les bohemians; the women; the talents, Léon Dierx and Sully-Prudhomme, Coppée; the new school, called Parnassian, has two seers: Albert Mérat and Paul Verlaine, a real poet.—There you are.—So, I work to make myself into a Seer.—And let ’s dose with a pious hymn.

Squattings

Very late, when he feels his stomach sicken, . . . . . . . . . . . . . . . . . .

You would be loathsome not to answer: quickly, because in a week, I will be in Paris, perhaps.

Goodbye, A. Rimbaud

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Le cœur volé 5

Mon triste cœur bave à la poupe, Mon cœur couvert de caporal: Ils y lancent des jets de soupe, Mon triste cœur bave à la poupe: Sous les quolibets de la troupe Qui pousse un rire général, Mon triste cœur bave à la poupe Mon cœur couvert de caporal!

Ithyphalliques et pioupiesques, Leurs quolibets l’ont dépravé! Au gouvernail on voit des fresques Ithyphalliques et pioupiesques Ô flots abracadabrantesques Prenez mon cœur, qu’il soit lavé: Ithyphalliques et pioupiesques Leurs quolibets l’ont dépravé!

Quand ils auront tari leurs chiques Comment agir, ô cœur volé? Ce seront des hoquets bachiques Quand ils auront tari leurs chiques J’aurai des sursauts stomachiques Moi, si mon cœur est ravalé: Quand ils auront tari leurs chiques Comment agir, ô cœur volé?

Chant de guerre parisien

Le Printemps est évident, car Du cœur des Propriétés vertes, Le vol de Thiers et de Picard Tient ses splendeurs grandes ouvertes!

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The Stolen Heart

My sad heart slobbers at the poop, My heart covered with tobacco-spit: They spew streams of soup at it, My sad heart drools at the poop: Under the jeerings of the soldiers Who break out laughing, My sad heart drools at the poop My heart covered with tobacco-spit!

Ithyphallic and soldierish, Their jeerings have depraved it! On the rudder you see frescoes Ithyphallic and soldierish O abracadabratic waves Take my heart, let it be washed: Ithyphallic and soldierish Their jeerings have depraved it!

When they have used up their quid How will I act, O stolen heart? There will be Bacchic hiccups When they have used up their quid I will have stomach retchings If my heart is degraded: When they have used up their quid How will I act, O stolen heart?

Parisian War Song

Spring is in evidence, for From the heart of green Estates, The flight of Thiers and Picard Holds wide open its splendors!

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Ô Mai! quels délirants culs-nus! Sèvres, Meudon, Bagneux, Asnières, Écoutez donc les bienvenus Semer les choses printanières!

Ils ont schako, sabre et tam-tam Non la vieille boîte à bougies Et des yoles qui n’ont jam, jam . . . Fendent le lac aux eaux rougies!

Plus que jamais nous bambochons Quand viennent sur nos tanières Crouler les jaunes cabochons Dans des aubes particulières!

Thiers et Picard sont des Eros, Des enleveurs d’héliotropes, Au pétrole ils font des Corots: Voici hannetonner leurs tropes . . .

Ils sont familiers du Grand Truc! . . . Et couché dans les glaïeuls, Favre Fait son cillement aqueduc, Et ses reniflements à poivre!

La Grand ville a le pavé chaud, Malgré vos douches de pétrole, Et, décidément, il nous faut Vous secouer dans votre rôle . . .

Et les Ruraux qui se prélassent Dans de longs accroupissements, Entendront des rameaux qui cassent Parmi les rouges froissements!

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O May! what delirious bare asses! Sèvres, Meudon, Bagneux, Asnières, Listen to the welcome arrivals Sowing spring-like things!

They have a shako, a sabre, and a tom-tom Not the old candle box And boats that have nev, nev . . . Cut through the lake of reddened waters!

More than ever we swagger When yellow heads come Collapsing over our hideaways In special dawns!

Thiers and Picard are Cupids, Thieves of heliotropes, They paint Corots with gasoline: Here their tropes are buzzing about . . .

They are friends of the Great What ’s-His-Name! . . . And, lying in the gladiolas, Favre Makes an aqueduct of his tears, And his peppery sniff!

The Big City has a hot pavement, In spite of your showers of gasoline, And decidedly we have to Shake you up in your roles . . .

And the Rustics who loll about In long squattings Will hear boughs breaking Among red rustlings!

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Mes petites amoureuses

Un hydrolat lacrymal lave Les cieux vert-chou:

Sous l’arbre tendronnier qui bave, Vos caoutchoucs

Blancs de lunes particulières Aux pialats ronds,

Entrechoquez vos genouillères Mes laiderons!

Nous nous aimions à cette époque, Bleu laideron!

On mangeait des œufs à la coque Et du mouron!

Un soir, tu me sacras poète, Blond laideron:

Descends ici, que je te fouette En mon giron;

J’ai dégueulé ta bandoline, Noir laideron;

Tu couperais ma mandoline Au fil du front

Pouah! mes salives desséchées, Roux laideron

Infectent encor les tranchées De ton sein rond!

Ô mes petites amoureuses, Que je vous hais!

Plaquez de fouffes douloureuses Vos tétons laids!

Piétinez mes vieilles terrines De sentiment;

—Hop donc! soyez-moi ballerines Pour un moment! . . .

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My Little Lovers

A lacrymal tincture washes The cabbage-green skies:

Under the drooling tree with tender shoots, Your raincoats

White with special moons With round eyes

Knock together your kneecaps My ugly ones!

We loved one another at that time, Blue ugly one!

We ate soft boiled eggs And chickweed!

One evening you consecrated me poet, Blond ugly one:

Come down here, that I can whip you On my lap;

I vomited your brilliantine, Black ugly one;

You would cut off my mandolin On the edge of my brow

Bah! my dried saliva, Red-headed ugly one

Still infects the trenches Of your round breast!

O my little lovers, How I hate you!

Plaster with painful blisters Your ugly tits!

Trample on my old pots Of sentiment;

—Up now! be ballerinas for me For one moment! . . .

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Vos omoplates se déboîtent, Ô mes amours!

Une étoile à vos reins qui boitent, Tournez vos tours!

Et c’est pourtant pour ces éclanches Que j’ai rimé!

Je voudrais vous casser les hanches D’avoir aimé!

Fade amas d’étoiles ratées, Comblez les coins!

—Vous crèverez en Dieu, bâtées D’ignobles soins!

Sous les lunes particulières Aux pialats ronds,

Entrechoquez vos genouillères, Mes laiderons!

Accroupissements

Bien tard, quand il se sent l’estomac écœuré, Le frère Milotus, un œil à la lucarne D’où le soleil, clair comme un chaudron récuré, Lui darde une migraine et fait son regard darne, Déplace dans les draps son ventre de curé

Il se démène sous sa couverture grise Et descend, ses genoux à son ventre tremblant, Effaré comme un vieux qui mangerait sa prise, Car il lui faut, le poing à l’anse d’un pot blanc, À ses reins largement retrousser sa chemise!

Or, il s’est accroupi, frileux, les doigts de pied Repliés, grelottant au clair soleil qui plaque Des jaunes de brioche aux vitres de papier; Et le nez du bonhomme où s’allume la laque Renifle aux rayons, tel qu’un charnel polypier.

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78

Your shoulder blades are out of joint, O my loves!

A star on your limping backs, Turn with your turns!

And yet it is for these mutton shoulders That I have made rhymes!

I would like to break your hips For having loved!

Insipid pile of stars that have failed, Fill the corners!

—You will collapse in God, saddled With ignoble cares!

Under special moons With round eyes,

Knock together your kneecaps, My ugly ones!

Squattings 6

Very late, when he feels his stomach sicken, Brother Milotus, an eye on the skylight When the sun, bright as a scoured cooking-pan, Darts a migraine at him and blinds his vision, Moves his curate’s belly under the sheets

He stirs about under his grey blanket And gets out, his knees against his trembling belly, Terrified like an old man who has eaten his snuff, Because he has to lift up the folds of his nightshirt Around his waist, as he takes the handle of a white chamberpot!

Now, he has squatted, cold, his toes Turned up, shivering in the bright sunlight which daubs A cake yellow on the paper windowpanes; And the old man’s nose where the crimson catches fire Sniffs in the rays like a flesh polypary.

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79

Le bonhomme mijote au feu, bras tordus, lippe Au ventre: il sent glisser ses cuisses dans le feu, Et ses chausses roussir, et s’éteindre sa pipe; Quelque chose comme un oiseau remue un peu À son ventre serein comme un monceau de tripe!

Autour, dort un fouillis de meubles abrutis Dans des haillons de crasse et sur de sales ventres; Des escabeaux, crapauds étranges, sont blottis Aux coins noirs: des buffets ont des gueules de chantres Qu’entrouvre un sommeil plein d’horribles appétits

L’écœurante chaleur gorge la chambre étroite; Le cerveau du bonhomme est bourré de chiffons: Il écoute les poils pousser dans sa peau moite, Et parfois, en hoquets fort gravement bouffons S’échappe, secouant son escabeau qui boite . . .

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Et le soir, aux rayons de lune, qui lui font Aux contours du cul des bavures de lumière, Une ombre avec détails s’accroupit, sur un fond De neige rose ainsi qu’une rose trémière . . . Fantasque, un nez poursuit Venus au ciel profond.

Les poètes de sept ans

Et la Mère, fermant le livre du devoir, S’en allait satisfaite et très-fière, sans voir, Dans les yeux bleus et sous le front plein d’éminences L’âme de son enfant livrée aux répugnances.

Tout le jour il suait d’obéissance; très Intelligent; pourtant des tics noirs, quelques traits, Semblaient prouver en lui d’âcres hypocrisies. Dans l’ombre des couloirs aux tentures moisies, En passant il tirait la langue, les deux poings À l’aine, et dans ses yeux fermés voyait des points.

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The old man simmers on the fire, his arms twisted, his blubber lip On his belly: he feels his thighs slipping into the fire, And his pants getting scorched, and his pipe going out; Something like a bird stirs a bit In his serene belly like a pile of tripe!

Round about sleeps a mass of cowering furniture In rags of grease and over dirty bellies; Stools, strange toads, are hunched In dark corners: cupboards have mouths of cantors Opened by a sleep full of horrible appetites

The sickening heat fills the narrow room; The old man’s brain is stuffed with rags: He listens to the hairs growing in his moist skin, And at times, in very seriously clownish hiccoughs Escapes, shaking his rickety stool. . .

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And in the evening, in the rays of moonlight which make Droolings of light on the contours of his buttocks, A shadow with details crouches, against a background Of snow pink like a hollyhock. . . Fantastic, a nose pursues Venus in the deep sky.

Seven-year-old Poets

And the Mother, closing the exercise book, Went off satisfied and very proud, without seeing, In the blue eyes and under his brow covered with bumps The soul of her child given over to repugnance.

All day he sweated obedience; very Intelligent; yet dark twitchings, a few traits, Seemed to testify in him to bitter hypocrisy. In the shadow of the corridors with their moldy hangings, Passing through he stuck out his tongue, his two fists In his groin, and in his closed eyes saw spots.

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