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PSUAD
L1 2019-2020

La géographie dans les sciences de l’homme et de la société

Approches quantitatives et modélisatrices

Hadrien DUBUCS

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Les approches quantitatives et modélisatrices de l’espace géographique

  • Rupture avec la géographie « science naturelle » et l’Ecole française de géographie (Paul Vidal de la Blache)
  • Première moitié du XX ème siècle : un intérêt croissant pour l’étude des villes et des systèmes urbains
  • Deux sources d’inspiration
  • Les modèles spatiaux des économistes allemands
  • La sociologie urbaine de l’Ecole de Chicago

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Les modèles spatiaux

  • Le modèle de Von Thünen (Prusse, 1826)
  • Quelles sont les relations entre une ville isolée et l’espace agricole qui l’entoure?
  • Résultat majeur : la spécialisation agricole se fait en cercles concentriques ; le facteur principal de différenciation est la distance à la ville
  • Application d’une méthode déductive : on part du modèle et on vérifie ce qui se passe dans la réalité du terrain = ce sont les écarts avec le modèle (les « résidus ») qui sont intéressants ; on part d’une règle générale et on l’applique à une situation particulière

La modélisation, en géographie, produit de modèles spatiaux. Les modèles, basés majoritairement sur des méthodes de statistiques spatiales, sont des représentations schématiques de réalités matérielles ou immatérielles.
Les modèles des géographes sont largement utilisés pour faire ressortir les schémas généraux d’organisation de phénomènes divers dans l’espace et ainsi mieux les percevoir. L’étude des observations qui s’écartent du modèle général (les résidus) permet d’identifier et d’étudier plus précisément des phénomènes locaux et/ou atypiques.
Il existe plusieurs types de modèles : des travaux connus comme ceux de Von Thünen (1783 - 1850) ou de Christaller (1893 - 1969) ont permis de modéliser des processus abstraits qui se matérialisent concrètement dans l’espace (voir, ci-dessous, "pour prolonger") ; des modèles d’interprétation permettent de mieux percevoir les logiques spatiales, comme le célèbre modèle "centre-périphérie" ; la modélisation chorématique permet de dégager des structures et des invariants spatiaux ; etc..
Aujourd'hui, des bases de données, parfois volumineuses, peuvent être exploitées grâce aux outils numériques qui permettent d’en extraire les caractéristiques spatiales pour les analyser et les interpréter. La modélisation des phénomènes est aussi à la source de recherches interdisciplinaires intéressantes comme en épidémiologie, en criminologie, etc. : la spatialisation des données issues de ces domaines de recherche et l’étude des modèles sous-jacents sont possibles grâce aux méthodes de modélisation spatiale.

http://geoconfluences.ens-lyon.fr/glossaire/modelisation-spatiale

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Les modèles de localisation industrielle

  • Alfred WEBER (1868-1958)
  • Où s’implantent les industries? Quel rôle spatial des facteurs de production (matières premières, marché, énergie, etc)
  • Hypothèse : les acteurs économiques minimisent les coûts en limitant les mouvements (intrants en amont/ marchandises en aval)

Modèles centre-périphérie

  • La théorie des places centrales / des lieux centraux (Christaller, 1933)
  • Hypothèse : les réseaux urbains se hiérarchisent en fonction des services et des commerces

Les modèles de la sociologie urbaine

  • Ecole de Chicago
  • Ezra Park, 1916, Propositions de recherche sur le comportement humain en milieu urbain ; The City (avec E.W. Burgess)
  • Comprendre la distribution spatiale / répartition urbaine de populations socialement et culturellement diverses
  • « les intérêts professionnels, économiques et individuels conduisent inéluctablement à la ségrégation » (Park)

Le second schéma de Burgess (1925) et son utilisation par M. Halbwachs (1932)

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La modélisation spatiale

  • La géographie produit de modèles spatiaux. Basés sur des méthodes de statistiques spatiales, ce sont des représentations schématiques de la réalité.
    Ils sont utilisés pour faire ressortir les schémas généraux d’organisation de phénomènes spatiaux. On s’intéresse surtout aux observations qui s’écartent du modèle général (les résidus). Exemples ?
  • Aujourd'hui on utilise de grandes bases de données grâce aux outils numériques
  • La modélisation des phénomènes est aussi à la source de recherches interdisciplinaires intéressantes comme en épidémiologie, en criminologie, etc.
  • Le modèle centre-périphérie est un des plus répandus. Il décrit l’opposition entre les deux types fondamentaux de lieux dans un système : celui qui le commande et en bénéficie, le centre, et ceux qui le subissent, en position périphérique. Pour que le modèle ait sens, il faut qu’il y ait relations entre les deux types de lieux, donc des flux (de personnes, de marchandises, de capitaux, d’informations, de décision...) et que ces relations soient dissymétriques (solde déséquilibré des flux, hiérarchie des relations de pouvoir...). Le centre est central justement parce qu’il bénéficie de cette inégalité et, réciproquement, la ou les périphérie(s) sont caractérisée(s) par un déficit qui entretient leur position dominée.

Roger Brunet : modèles et chorèmes

  • Textes de référence :
  • Des modèles en géographie? Sens d'une recherche (1999)
  • La carte-modèle et les chorèmes (1980)
  • La chorématique et les chorèmes
  • Utilisation : la Géographie universelle ; revue L’Espace géographique
  • http://geoconfluences.ens-lyon.fr/glossaire/chorematique
« Le chorème est la structure élémentaire de l'espace géographique », selon les termes de Roger Brunet (1980). Le terme est indissociable de cet auteur et de l'école géographique qui l'a entouré. Il a été largement popularisé, en particulier dans la géographie scolaire, par l'intermédiaire du GIP Reclus et d'ouvrages tels que la Géographie universelle.  Les chorèmes étaient des formes simples (la maille, le front, la synapse...) dont la combinaison permettait de construire des modèles géographiques. L'ambition de Roger Brunet et de ses disciples était de « résoudre en géographie la contradiction de fond entre général et particulier, loi et individu, nomothétie et idiographie... » (Les mots de la géographie, 1992 pour la première édition). La chorématique, science des chorèmes, se voulait une grammaire de l'espace, dont les chorèmes seraient la plus petite unité, comme les phonèmes dans une langue (Brunet parle aussi d'un alphabet).

https://mappemonde-archive.mgm.fr/actualites/hommage14301.html

Focus : les échelles spatiales

Exercice 1 : répondre de manière argumentée à une question de cours

  • Qu’est-ce qu’un modèle en géographie ?
  • Réponse de Zayed : « Un modèle est une représentation simplifiée / synthétique d’un phénomène géographique. Il cherche à le décrire et à le comprendre. Par exemple le modèle de Von Thünen au début du 19ème siècle montre la répartition des activités agricoles entre le centre et la périphérie d’une ville isolée. D’autres modèles célèbres expliquent la répartition spatiale d’autres types d’activité : par exemple les activités industrielles (modèle de Weber) ou la répartition spatiales des villes en fonction de leur offre de commerces et de services (modèle de Christaller).
  • Complément de Nour : « Un modèle est basé sur l’utilisation de données statistiques / quantitatives.

  • Le modèle permet d’appliquer une méthode déductive : on part des « structures et dynamiques fondamentales de l’espace » (Roger Brunet) et on vérifie si ces règles générales s’appliquent à une situation particulière.
  • « Modéliser un espace revient à rechercher ses structures et ses dynamiques fondamentales » (Roger Brunet).
  • L’objectif quand on utilise / élabore un modèle est de trouver et analyser des résidus : ce sont des décalages / écarts entre ce que prévoit le modèle et la réalité géographique observée. Par exemple : le centre-ville de Detroit est quasiment à l’abandon et très dégradé, alors que d’après les modèles urbains les centres sont très denses et attractifs.
  • L’approche modélisatrice a des limites. D’abord (1), elle n’est pas suffisante pour faire une étude géographique et doit être complétée par des approches plus qualitatives / du travail de terrain. De plus (2) certains facteurs fondamentaux (par exemple : la distance au centre) ne sont pas toujours également valables. Par exemple : les activités de hightech recherchent plus un cadre agréable (Silicon Valley) qu’un CBD (Central Business District) (Manhattan à NY, La Défense à Paris, la City à London
  • Cartes tirées de l’article ‘Géographie et santé, une alliance vitale », Le Monde, Aout 2018
  • Enjeu : spatialiser une pathologie pour agir efficacement : la malnutrition
  • Définition de la malnutrition (OMS)

« 2 grands groupes d’affections. 1/la dénutrition, qui comprend le retard de croissance (faible rapport taille/âge), l’émaciation (faible rapport poids/taille), l’insuffisance pondérale (faible rapport poids/âge) et les carences ou les déficiences en micronutriments (manque de vitamines et de minéraux essentiels). 2/ le surpoids, l’obésité et les maladies non transmissibles liées à l’alimentation (par exemple les cardiopathies, les accidents vasculaires cérébraux, le diabète et le cancer) » (http://www.who.int/features/qa/malnutrition/fr/)

Exercice 2 : commenter une série de cartes

Observations

  • Une carte à l’échelle mondiale comparant la prévalence de la malnutrition dans les différentes régions infra-nationales du monde
  • On observe une très grande hétérogénéité dans la prévalence de la malnutrition dans le monde ; la malnutrition se concentre dans quelques régions : la partie centrale de l’Afrique (Afrique sahélienne, Afrique équatoriale) et l’Asie du Sud (Pakistan, Inde, Bengladesh, Afghanistan, etc)
  • A échelle continentale les disparités spatiales (= les inégalités de répartitions) apparaissent plus clairement
  • A l’échelle nationale on voit apparaître des formes de spécialisation régionale (prévalence plus élevée au Nord qu’au Sud) = cela recoupe un découpage culturel et social
  • A l’échelle de l’état (Kaduna) les disparités sont moins grandes / moins marquées qu’à l’échelle nationale ; mais le contraste entre le Nord à forte prévalence et le Sud à prévalence plus faible s’observe également.
  • L’amplitude des disparités est plus faible à échelle locale qu’à échelle globale
  • L’approche quantitative en géographie présente des avantages : elle permet de mesurer et de montrer la répartition spatiale de phénomènes à différentes échelles / de comparer des espaces entre eux
  • L’approche quantitative a aussi des limites
  • On est tributaire / dépendant de la qualité des données : c’est rarement le géographe qui les produit (enquêtes, recensement, sondage) : le plus souvent il doit collecter / compiler / hiérarchiser / trier / et enfin traiter des données produites par chaque pays
  • Une donnée statistique n’a aucune valeur si on ne sait pas par qui ni comment elle a été produite!
  • Pour être efficace et rigoureuse l’approche quantitative doit :
  • Reposer sur des définitions très claires et pertinentes du phénomène observé (par exemple ici : la « malnutrition » rassemble des maladies extrêmement variées, depuis l’obésité / surconsommation jusqu’à la dénutrition / manque d’accès à la nourriture). Donc il faut être très prudent dans les analyses et bien savoir de quoi on parle!
  • Utiliser des échelles spatiales pertinentes (l’échelle mondiale n’est peut-être pas la plus efficace pour analyser la malnutrition!)